Spectacle

Time to Tell

Martin Palisse | David Gauchard

Producteurs associés :

Lieu de création : Les Subs, lieu vivant d'expériences artistiques - Lyon

Année de production : 2020

Parfois des choses non choisies s’avèrent des voies intéressantes.

L’exploration du temps traverse l’œuvre de Martin Palisse depuis plusieurs années. Pour révéler ce rapport particulier, faire récit de son parcours, tout en le confrontant à sa pratique de jongleur, c’est avec David Gauchard qu’il s’engage dans cette création. À la manière d’un sociologue ou encore d’un reporter, le metteur en scène, homme de théâtre aguerri à la narration, capture la parole, micro-enregistreur à la main, comme il mène une enquête pour la mettre en scène en parallèle d’un acte de jonglage radical, fatiguant, endurant, lent, puissant, un acte extrêmement physique.

Time to tell est ce récit d’une vie, de la vie du jongleur fuyant la peine de son existence, un dévoilement de l’intime. Engagé dans un effort esthétique pour faire coexister au plateau un acte jonglistique, plastique, physique et abstrait avec la voix, la parole et une volonté théâtrale narrative, Martin Palisse aborde pour la 1ère fois le rapport physique à la maladie, de celle qui asphyxie, de son incidence dans le rapport aux autres, dans les choix de vie, les postures…
Il avance dans un couloir étroit, blanc, dans l’obscurité ou sur-exposé. Sa musique intérieure, sa voix, son souffle accompagnent ce parcours dans une tension permanente qui devra être explosée, dépassée par un acte physique libérateur et sauvage. Le factuel drôle et heureux de ce récit s’illustre dans cet entre-deux. Avoir recours à l’art et à la légèreté pour (sur)vivre.

LE MOT DE DAVID GAUCHARD

Depuis plusieurs années, je croise régulièrement Martin Palisse dans les salles de théâtre. Souvent il vient voir mon travail. Me félicite. Et la réciproque est vraie. Si elle se présente, je ne manque pas une occasion pour suivre sa démarche. J’aime son rapport à l’image, à la musique, je me sens proche. Mais ce qui m’impressionne le plus c’est sa rigueur, sa radicalité et sa capacité à émouvoir, raconter des histoires sans aucune parole, juste quelques balles. J’avoue n’avoir jamais vraiment eu un faible pour le jonglage, mais dès POST et Slow Futur, le travail de Martin a changé mon regard sur cette discipline. Et définitivement quand j’ai découvert Il est trop tôt pour un titre lors du “sujet à vif” d’Avignon 2016. Sa collaboration avec Halory Goerger a été magique, une véritable rencontre entre deux grands artistes.
Depuis quelque temps, je pousse ma recherche loin des grands classiques, j’aborde le théâtre contemporain soit en passant des commandes d’écritures à partir d’une idée originale que je propose, soit en partant à l’aventure dans une quête de théâtre dit documentaire ou du moins du réel (L’île la réunion avec le conteur Sergio Grondin, la Corée du Sud avec le chorégraphe Sung Yong Kim ou encore chez les Inuit du Nunavik pour produire mon premier spectacle jeune public).
Ces derniers temps, à la manière d’un sociologue ou encore d’un reporter, je mène des enquêtes, micro-enregistreur à la main, je capture la parole, sa verve, sa fragilité et je travaille ensuite à mettre en scène une restitution brute, sans artifice, utilisant les principes de jeu à l’oreillette.
Martin m’appelle fin novembre, notre premier enregistrement a lieu fin décembre.
J’ai embarqué.

INTENTIONS DE MISE EN SCÈNE

Time To Tell est une pièce à part dans mon oeuvre, elle marque une rupture tout en poursuivant mon effort esthétique pour faire coexister au plateau un acte jonglistique, plastique, physique et abstrait avec une volonté théâtrale, narrative. Nous rechercherons une friction tantôt évidente tantôt distante entre le récit et la physicalité du jongleur/acteur au plateau.
La rupture se situe dans le fait de faire enfin rentrer la voix, la parole, et ainsi renforcer ma volonté de narration.
David Gauchard, lors de nos premiers échanges, m’a proposé une méthode de travail pour capter mon témoignage. Nous allons réaliser plusieurs entretiens entre nous que nous allons enregistrer. Cette matière sonore, ce témoignage, sera traité et restitué sur scène. Plusieurs pistes sont envisagées pour la restitution et il est peu probable que nous nous contentions d’une seule.
Nous procéderons à un montage de ces témoignages qui d’ailleurs seront conduits avec des thèmes (le rapport physique à la maladie // le rapport psychologique // l’incidence sur le rapport aux autres // l’incidence dans le quotidien // l’incidence dans les choix de vie, les postures… etc).
Cette matière sonore aura sa propre musique intérieure qui viendra se frotter à la musique de l’acteur sur scène. La voix, le souffle seront des matières centrales du processus de travail.
Je souhaite évoluer dans un dispositif bi-frontal. Marqué par les couloirs des hôpitaux dans lesquels j’ai déambulé régulièrement depuis petit, je vais en quelques sortes m’en inspirer pour dimensionner mon espace de jeu. Long de 8 à 10 mètres, permettant ainsi la course, large de 4m, blanc au sol, le public installé sur gradin sera disposé de part et d’autre dans la longueur, fermant ainsi l’espace. Peu d’éléments seront sur scène, je recherche un dépouillement.
Le dispositif lumineux sera lui aussi minimaliste, et permettra un travail allant de l’obscurité à la sur-exposition. Le dispositif se situera dans les deux extrémités du « couloir ».
Le couloir, c’est le lieu des tests à l’effort que je passe tous les ans à l’hôpital, c’est le lieu d’où j’ai pu apercevoir la mort attendue de patients atteints de la même maladie dans des chambres, c’est le lieu par lequel j’ai rêvé m’échapper sans me faire prendre.
Le couloir il est étroit, tout blanc et il y règne une énergie étrange et inquiétante.
Le travail musical sera un mix entre le son du plateau, la voix (enregistrée ou live) et une musique minimaliste composée à base de drones. Il sera la traduction poétique de ce que l’on peut entendre dans le couloir des services des hôpitaux.
Je veux créer les conditions d’une tension permanente, comme anxiogène, qui devra être explosée, dépassée par un acte physique puissant, libérateur, sauvage. J’ai toujours traité cette maladie avec un peu d’ironie, de dérision, de légèreté.
Depuis très jeune, je suis très attaché à la règle suivante du code des samouraïs : « Traiter les choses graves avec légèreté, et traiter les choses légères avec gravité ». Je peux dire que j’ai appliqué cette règle entre ma maladie et le jonglage. C’est dans cet entre-deux que ce situera le contre point drôle et heureux de ce récit pour partie teinté de drame.
Le travail jonglistique restera dans la lignée de mon travail, s’appuyant ainsi sur un travail à 1, 2 et 3 balles en matière de jonglage. Seulement, il sera porté par un travail de déplacement continu dans l’espace, dans une tension entre lenteur et accélération, un travail très « cardio-vasculaire », poussant ainsi mes capacités physiques dans leurs retranchements.

CRÉATION

11, 12, 13, 14, 15 novembre 2020 aux SUBS, Lyon

TOURNÉE

03 & 05 décembre 2020 à Saint-Jean-d’Angely avec A4, spectacle vivant en Vals de Saintonge
19, 20 et 21 février 2021 à la Biennale Internationale des Arts du Cirque, organisée par Archaos, pôle national cirque

Plus d‘infos

Age min. : Tout public

Durée : 1h

Création : 2020

Mentions :
Conception, mise en scène et scénographie : David Gauchard & Martin Palisse - Interprétation : Martin Palisse - Régie : Chloé Levoy Producteur exécutif : Le Sirque, Pôle National Cirque - Soutien : OARA, Office Artistique de la Région NOuvelle-Aquitaine